Pie Braque: au cœur d’une économie régionale - Série 10/40 - CDRQ

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18 juin 2026

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Pie Braque: au cœur d’une économie régionale - Série 10/40

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Série 10/40

Pour souligner ses 10 ans, la CDRQ met de l’avant des coopératives fondées il y a une décennie ou plus. Des coopératives que l’organisation a accompagnées et en lesquelles elle a cru. Ces entreprises sont des exemples de ténacité, d’efforts et d’excellence. Chacune à leur façon.

Voici la série 10/40.


Cela fera bientôt dix ans que Pie Braque, microbrasserie artisanale de Jonquière, existe. Dix années à fabriquer des bières, en misant d’abord sur des types plus traditionnels, comme les Belge et les Anglaise, puis en variant de plus en plus les styles. Mais toujours, toujours, avec un souci de qualité constant.

Les fondateurs, Félix, Simon et Philippe, avaient tous les trois un autre job avant de démarrer la microbrasserie «Mais on était aussi tous passionnés par le brassage de la bière et on a voulu transformer cette passion en métier», explique l’un d’eux, Félix Daviault-Ford.

Équipe de la microbrasserie Pie Braque - 2024

La coopérative de travailleurs, un modèle de durabilité

Ce que les trois amis ont voulu faire aussi, c’est de trouver un modèle d’affaires collé sur leurs valeurs et leur façon de travailler. «Tous les trois, on est sur le même palier et on travaille vraiment en collaboration, dit Félix. Et puis, l’équité, la communauté, la durabilité, tout ça fait partie des valeurs qui guident nos choix, et plus largement notre carrière.» Un ami à eux avait démarré une microbrasserie par le passé et il s’agissait d’une coopérative de travailleurs. Les instigateurs de Pie Braque connaissaient déjà le modèle. Ce choix allait donc de soi.

Responsable des communications, événements et ventes, Samuel Giguère est arrivé deux ans après la fondation de la microbrasserie. «Je ne connaissais pas du tout ce modèle d’affaires, explique-t-il. Mais quand on me l’a expliqué, j’ai vite compris que c’était le plus intéressant pour l’équipe.» La raison? Les valeurs portées par Pie Braque sont véritablement incarnées. «Par exemple, on a acquis le matériel pour brasser la bière au Canada alors que plusieurs l’achètent dans des pays où c’est beaucoup moins cher», illustre Samuel.

Autre exemple: le réseau de distribution des produits se trouve à 80% dans la région. «Sur le plan environnemental, on trouvait que ça ne faisait pas de sens de faire voyager des camions sur des centaines de kilomètres», souligne Félix. Aussi, comme Samuel l’explique, la communauté connaît aussi bien les personnes derrière les bières que les bières elles-mêmes. Cette proximité favorise un sentiment d’appartenance et ça, l’équipe y tient. 

Pour le trio de fondateurs, la coop constituait également une façon d’engager les travailleurs, de susciter un sentiment d’appartenance. «Quand je suis arrivé dans l’équipe, Simon, Félix et Philippe m’ont vraiment bien accueilli, témoigne Samuel. Ils se sont montrés très inclusifs et je me suis rapidement senti comme faisant partie de la gang.»

Des débuts… effervescents!

«Quand l’entreprise a été fondée en 2017, il y avait une belle bulle d’éclosion de microbrasseries», explique Samuel Giguère. Ajoutez à cette tendance, la volonté, le travail acharné et la passion des fondateurs, et vous saurez pourquoi cette microbrasserie a pu voir le jour.

«Il faut dire qu’on a été aidés aussi, précise Félix. Par exemple, le Centre local de développement (CLD) qui existait à l’époque nous a accompagnés pour la rédaction de notre plan d’affaires. La Coopérative de développement régional du Saguenay – tout juste avant que les CDR ne deviennent la CDRQ – nous a aussi beaucoup soutenus.» Notamment en élaborant avec l’équipe la régie interne de la coopérative, en rendant plus limpide la gouvernance. «Ils nous ont bien partis, avec de bonnes bases», indique Félix. Aujourd’hui, la micro est membre de Réseau Coop, une organisation qui accompagne les coopératives de travailleurs.

Cela dit, tout n’a pas coulé de source. Obtenir du financement a même été plutôt ardu. «J’ai pu constater que plusieurs institutions financières entretenaient un préjugé défavorable à l’égard des coopératives», se désole Félix. Heureusement, il y a eu Desjardins. Et heureusement aussi, l’équipe a eu l’excellente idée de solliciter ceux et celles qu’elle appelle leurs ambassadeurs et ambassadrices. «Il s’agit de gens qui ont acquis des parts privilégiées, ce qui nous a permis de combler notre financement.» Des membres non votants, que Pie Braque traite aux petits oignons, notamment en leur offrant des rabais substantiels.

La croissance de la bière artisanale a atteint un sommet autour de 2015, avec plus de 100 nouvelles brasseries ouvertes en une décennie. En 2024, plus de 70% des microbrasseries avaient moins de 5 ans. Malgré un ralentissement marqué depuis 2022, le Québec continue de se démarquer dans l’originalité et sa variété, doté d’un savoir-faire mondialement reconnu.

Le Temps d’une bière / Association des microbrasseries du Québec

Trois questions en rafale à Félix Daviault-Ford

Viser l’avenir, en s’implantant profondément

Au cours des deux ou trois dernières années, ce sont 15 microbrasseries qui ont dû fermer leurs portes. Plusieurs facteurs expliquent cela, notamment le fait que les Québécois boivent moins et que les coûts de production ont passablement augmenté.

Pour Pie Braque, il s’agit d’un creux de vague. Pas seulement pour eux bien sûr, mais pour tout le secteur brassicole. Mais l’entreprise est agile et pose un regard positif sur l’avenir. L’une des principales raisons qui explique cela se trouve dans l’ancrage de la microbrasserie dans sa communauté. «Le Saguenay est une petite région et elle nous a adopté!», avance Samuel.

  • L’équipe ne fait jamais de compromis sur la qualité des produits.
  • L’entreprise fait partie de la Table des microbrasseries Coop.
  • La coopérative crée des canettes à l’effigie d’entreprises de la région.
  • Les membres travailleurs forment une équipe solide et complice.
  • La microbrasserie entretient des collaborations, notamment avec plusieurs restaurants.

Ce sont là quelques explications qui viennent éclairer le fait que la coopérative ait pu évoluer, durer et envisager demain avec beaucoup d’optimisme. «L’un de nos principaux objectifs, pour cette année et les suivantes, est d’inciter encore plus les gens à venir à la boutique de la microbrasserie», explique Samuel.

Car bien que la microbrasserie ait de nombreux points de vente, inciter les gens à venir acheter leurs bières à l’usine est parfois ardu du fait que l’usine soit située dans le parc industriel, à une dizaine de minutes du centre-ville de Jonquière. «Je rêve d’un beer garden un jour, lance Samuel. Une installation temporaire mais qui constituerait certainement une motivation supplémentaire pour venir!»

 

«Notre objectif a toujours été de se créer un travail qu’on aime, avec de bonnes conditions. On n’a jamais eu l’ambition de devenir très  gros et de conquérir plusieurs marchés. On vient de finir de payer nos dettes, ce qui signifie que maintenant, on va pouvoir redonner à la communauté. Et ça, ça nous rend très heureux.»

Félix Daviault-Ford
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