La coopérative d'intérêt collectif - CDRQ

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23 avril 2026

8 minutes de lecture

La coopérative d'intérêt collectif

Coopérative

Gouvernance

Modernisation de la Loi sur les coopératives

Le 24 février 2026, le gouvernement du Québec sanctionnait le projet de loi no 111 qui marquait une importante modernisation de la Loi sur les coopératives.

La nouvelle loi introduit plusieurs nouveautés structurantes notamment la reconnaissance des coopératives d’intérêt collectif.

Voici des informations sur cette nouveauté tirées de questions fréquentes que nous recevons sur le sujet.


Y a-til une définition et des critères pour une coopérative d’intérêt collectif (CIC) ?

La loi ne prévoit pas une longue liste de critères pour définir une coopérative d’intérêt collectif. Le seul critère prévu à l’article 148 de la Loi, est que la coopérative n’attribue aucune ristourne et ne verse aucun aucun intérêt sur les parts. Par conséquent, une CIC est toujours exploitée sans but lucratif. Toutefois, l’inverse n’est pas vrai, toute coopérative sans but lucratif (CBNL) n’est pas automatiquement une CIC.

Quel type de collectivité peut être reconnu pour devenir une coopérative d’intérêt collectif ?

La loi ne donne pas de définition précise du terme « collectivité ». Ce choix vise à laisser aux coopératives la possibilité de définir elles‑mêmes la communauté qu’elles souhaitent desservir, en fonction de leur mission et de leur réalité terrain.

Cette absence de définition stricte permet donc une grande souplesse, afin de reconnaître des formes variées de collectivités et d’adapter le modèle de la CIC à des contextes très divers.

Quels sont les avantages d’être une coopérative d’intérêt collectif ?

Il ne s’agit pas tant d’avantages, mais plutôt d’un statut qui permet de mieux refléter certaines réalités du terrain, dans des situations bien précises.

Le modèle de coopérative d’intérêt collectif a été développé en réponse à des cas où certaines coopératives n’atteignaient pas le seuil habituel de 50 % d’activités effectuées avec leurs membres, tout en ayant une pertinence pour leurs membres et en conservant le lien d’usage avec ceux-ci.

Cette modification résulte d’une demande issue du milieu, formulée par des groupes qui souhaitaient fonctionner sous forme coopérative, mais dont la mission les amenait à élargir leurs services au-delà de leurs seuls membres, au bénéfice d’une collectivité.

Le statut de CIC permet ainsi de reconnaître cette réalité mixte, où la coopérative agit à la fois pour ses membres et pour une communauté plus large, sans dénaturer son identité coopérative.

Est-ce qu’une coopérative qui paie actuellement de l’impôt peut modifier son statut pour devenir une coopérative sans but lucratif (CBNL) et ainsi ne plus payer d’impôt?

Le statut fiscal d’une coopérative est accordé en vertu de la législation fiscale, la modification de la Loi sur les coopératives n’a pas modifié la Loi de l’impôt. Une coopérative peut, dans certaines circonstances, changer de statut fiscal, mais cela est soumis à des conditions strictes et à l’analyse des autorités fiscales.

Il est donc essentiel de bien vérifier l’admissibilité et les impacts avant d’entreprendre une telle démarche, puisque le changement de statut fiscal n’est ni automatique ni garanti, même si la coopérative modifie ses statuts pour se déclarer sans but lucratif.

Le statut de coopérative d’intérêt collectif, qui est nécessairement sans but lucratif, pourrait‑il permettre une reconnaissance au niveau fédéral comme organisme de bienfaisance enregistré par l’Agence du revenu du Canada, et ainsi permettre l’émission de reçus fiscaux pour les dons monétaires reçus ?

Bien que la loi permette théoriquement l’enregistrement d’une coopérative à titre d’organisme de bienfaisance, les critères très stricts de l’Agence du revenu du Canada font en sorte que cette situation demeure exceptionnelle et rarement compatibles avec les objets d’une coopérative.

La question de savoir si une coopérative d’intérêt collectif (CIC) pourrait être reconnue au comme organisme de bienfaisance enregistré afin d’émettre des reçus fiscaux est très technique et demande une analyse au cas par cas. Il est donc recommandé de consulter un conseiller juridique, afin d’évaluer la situation spécifique de la coopérative.

Il est souvent peu avantageux pour une coopérative de chercher à obtenir le statut d’organisme de bienfaisance, notamment en raison des règles applicables en cas de dissolution. En effet, la Loi sur les coopératives prévoit qu’en cas de dissolution, le solde des actifs d’une coopérative doit être remis à une autre coopérative, tandis que la législation fiscale fédérale impose à un organisme de bienfaisance de transférer son solde à un autre organisme de bienfaisance reconnu. Cette incompatibilité explique en partie pourquoi cette avenue pose des difficultés. De plus, il est souvent très difficile de faire correspondre l’objet d’une coopérative, même sans but lucratif, aux fins admissibles d’un organisme de bienfaisance, telles que reconnues par l’Agence du revenu du Canada.

En l’état actuel du droit et des pratiques administratives, cette option est rarement avantageuse.

Que se passe-t-il si une coopérative souhaite transférer un actif à une autre coopérative, par exemple à une coopérative d’intérêt collectif ?

Existe-t-il une disposition permettant de faire un don ou un transfert généreux lorsque l’objectif est d’intérêt collectif ?

Le fait qu’une coopérative soit reconnue comme CIC ne change rien aux règles applicables en matière de transfert d’actifs. Avant de parler de don ou de cession à conditions avantageuses, il faut toujours se demander en quoi ce transfert sent-il les intérêts de la coopérative qui souhaite donner et en quoi cela sert-il les intérêts de ses membres?

Dans le cas d’un transfert d’actifs, la loi distingue clairement deux situations, soit lorsque c’est effectué « dans le cours normal des affaires » ou « en dehors du cours normal des affaires ».

Si le transfert d’un actif s’inscrit dans le cours normal des affaires, la coopérative peut céder le bien aux conditions qu’elle juge appropriées, y compris à un prix inférieur à la valeur marchande.

En revanche, si le transfert est effectué en dehors du cours normal des affaires, la transaction doit être réalisée à la juste valeur marchande. Un don d’un actif important risque fortement d’être considéré comme une opération hors du cours normal des affaires.

Ainsi, même lorsqu’il est motivé par un objectif d’intérêt collectif, le transfert d’un actif demeure soumis aux règles générales applicables aux coopératives, et le statut de CIC n’accorde pas, en soi, de flexibilité supplémentaire à cet égard.

Quels pourraient être les impacts, auprès des bailleurs de fonds, de l’existence simultanée des appellations « coopérative sans but lucratif (CBNL)» et « coopérative d’intérêt collectif (CIC)»?

Alors que la Loi réaffirme qu’une coopérative n’a jamais le profit comme finalité, l’introduction de ces deux statuts pourrait-elle entraîner des attentes, des critères d’admissibilité ou des exigences particulières de la part de certains bailleurs de fonds ?

Le statut « sans but lucratif » demeure d’abord et avant tout un statut fiscal, accordé en vertu des lois fiscales, et non par la Loi sur les coopératives.

L’introduction et la clarification des notions de CBNL et de CIC dans la Loi sur les coopératives visent principalement à améliorer la compréhension et la reconnaissance du modèle coopératif, tant pour le milieu que pour les partenaires externes. Elles n’ont pas pour effet de modifier la nature fondamentale des coopératives ni leurs finalités.

Ces dispositions n’entraînent donc pas, en elles-mêmes, de nouveaux impacts juridiques ou financiers, mais plutôt une meilleure compréhension du cadre coopératif. Toute exigence supplémentaire provenant de bailleurs de fonds dépendra de leurs propres critères et politiques, et non directement de ces appellations prévues à la loi.

Vous avez des questions ?

Si à la suite de la lecture de ce billet vous avez des questions ou aimeriez obtenir des éclaircissements à propos des modifications apportées à la Loi sur les coopératives, nous vous invitons à contacter notre direction des services juridiques.

Il prendront le temps de fournir une réponse personnalisée à votre requête.

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