Reprise collective: Voile Mercator - CDRQ

7 mai 2024

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Reprise collective: Voile Mercator

Étude de cas

Reprise collective

Amoureux de leur école de
voile
, Voile Mercator, des employées ont décidé que l’entreprise resterait entre
bonnes mains: les leurs! 

Au cours des 40 dernières années, Voile Mercator a beaucoup évolué, mais une chose
est demeurée constante : l’entreprise a toujours été menée par des passionnés de la voile,
du fjord, du fleuve et de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Aussi, quand Jacques et
Jean-Michel Hébert, père et fils, ont commencé à songer à vendre en 2016, ils étaient plus
qu’heureux de constater que Catherine Parker et Annie Clément, deux de leurs instructrices
de voile, voulaient racheter l’entreprise en mode collectif.

« À ce moment, je souhaitais prendre une
pause de l’école de voile, mais c’était difficile à cause de la charge de travail. Mais
quand Annie et Catherine m’ont dit vouloir reprendre l’entreprise en mode coopératif, j’ai
tout de suite voulu embarquer dans le projet aussi.
» – Jean-Michel
Hébert, membre de la coop

De fait, M. Hébert a siégé sur le CA de Voile Mercator pendant 5 ans. Bien qu’il se
soit retiré de la gestion, il demeure membre de la coopérative.

 

La constitution de la coopérative Voile
Mercator

Comme les instructeurs de Voile Mercator étaient surtout des travailleurs
autonomes, le type de coopérative choisie au départ a été une coopérative de producteurs.
Une formule qui s’avère profitable pour les organisations ou travailleurs autonomes qui
souhaitent constituer un réseau où l’union fait la force. Quelques années plus tard
cependant, comme certains membres souhaitaient devenir employés, l’idée de transformer la
coop de producteurs en une coop de solidarité a été privilégiée. La CDRQ a alors accompagné
Voile Mercator dans cette transition.

L’objectif de la coop de solidarité ? Fournir du travail à ses membres
travailleurs; des biens et des services à ses membres utilisateurs, en l’occurrence des
cours de voile, de la location de voilier et des séjours touristiques, et ce, tout en
regroupant des personnes et des organisations qui souhaitent simplement soutenir la coop
(membres de soutien).

L’entreprise était bien gérée et présentait de bonnes prévisions financières. En
reprenant l’entreprise en mode collectif, le groupe avait accès à des sources de
financement, comme les parts sociales, des subventions, des prêts. Les risques liés à
l’achat étaient aussi partagés par plusieurs personnes. Les 15 membres (instructeurs et
propriétaires de voiliers) ont acquis l’entreprise au coût de 70 000$. Chacun a investi
1 000$, et ils ont notamment bénéficié du soutien financier de la SADC.

« À l’époque, j’étais instructrice à Voile
Mercator et quand j’ai appris que Jacques et Jean-Michel pensaient s’en départir, il n’était
pas question de la laisser aller. On refusait de voir notre école être vendue.
»
Catherine Parker, membre fondatrice et directrice de la coop jusqu’en
2021

Connaissant déjà le modèle coop, il était clair pour elle qu’il s’agissait-là du
modèle à prioriser. Pourquoi ? Il s’agissait d’un modèle proche des valeurs de l’équipe –
solidarité, répartition de la charge, etc. – et aussi parce qu’il s’agit d’un
modèle entrepreneurial flexible, humain et très résilient une fois
lancé

 

Le défi: trouver un équilibre financier

Ça a pris du temps avant d’arriver à verser des salaires plus intéressants, aux
gestionnaires notamment. Trouver un équilibre financier a demandé plusieurs mois, voire
quelques années, selon Jean-Michel Hébert.

Les solutions :

  • L’acquisition d’actifs, dans ce cas-ci de voiliers,
    qui donnent du poids et de la crédibilité auprès notamment de créanciers, et qui sont
    aisément rentabilisables (bonne utilisation).
  • Investir dans le développement de l’offre et du
    marketing
    . « Quand la nouvelle directrice, Isabelle Ouellet, est
    arrivée, elle a beaucoup travaillé ces aspects et ça a rapidement paru
     », dit
    Catherine Parker.

 

Le défi: concilier le rôle de cédant et de
membres

Règle générale, il est facilitant qu’un cédant soit aussi membre de la coop, et
demeure impliqué. Il aide ainsi au transfert de connaissances et demeure une
personne-ressource très utile. « En revanche, lors des négociations de la vente,
j’avais les deux rôles
, dit Jean-Michel Hébert. J’étais le cédant et
j’étais membre de la coop. 
» Une position qui aurait pu amener un conflit
d’intérêts.

Les solutions: 

  • S’en tenir à une position de cédant lors des négociations relatives au
    transfert.
  • Exclure le cédant lors de discussions pouvant impliquer des conflits d’intérêt
    (par exemple lorsque le comité provisoire se rencontre afin de négocier le prix
    d’achat).
  • Établir ou avoir établi un solide lien de confiance entre le cédant et les autres
    membres.

 

Le défi: mobiliser les nouveaux membres

« Bien expliquer aux nouveaux membres, surtout s’ils n’ont aucune notion
du modèle coop, le rôle que chacun occupe, les principes de la coop, les règlements, etc.,
ça peut être exigeant
 », avance Jean-Michel Hébert.

Les solutions:

  • Recourir à une tierce partie, impartiale, comme la CDRQ, qui peut apporter des
    éléments de réponse et éclaircissements aux nouveaux membres.
  • Suivre une formation sur la gouvernance.

 

Les forces de Voile Mercator

  • L’entreprise était bien connue dans la région et dans le milieu de voile, et
    possédait une excellente réputation
  • Des gestionnaires passionnés et très attachés à l’entreprise
  • Une équipe d’instructeurs et d’instructrices qualifiés et expérimentés
  • Un programme de formation mis régulièrement à jour par Voile Canada et Voile
    Québec
  • Une faible concurrence

 

L’apport de la CDRQ

Pour les aspects légaux, organisationnels et de gouvernance, les promoteurs ont
reçu le soutien de la CDRQ. Alors conseillère en développement coopératif à la CDRQ, Hélène
Boily a accompagné Voile Mercator pour la reprise collective.

« Je me souviens qu’à cause de la structure
particulière de l’entreprise – des instructeurs, des locateurs de voiliers, aucun employé –
on s’est un peu cassé la tête pour savoir comment organiser la coopérative
. » –
Hélène Boily, CDRQ

Le type de coop choisi a été celle de producteurs. Et une catégorie de membres a
été créée, soit les membres locateurs. C’est-à-dire les propriétaires de voiliers qui
louaient leurs bateaux à Voile Mercator.

« Ce qu’il y a de bien avec les coopératives, c’est la flexibilité du
modèle,
explique Hélène Boily. Tout en demeurant bien sûr dans le cadre
de la Loi sur les coopératives, il y a moyen d’adapter certaines
situations.
 »

« La SADC du Fjord
aussi a été un partenaire important
, ajoute Catherine Parker. Elle nous
a accordé un prêt, mais nous a surtout challengés. Aussi, on nous a encouragés à acheter un
voilier et ce fut une excellente chose. Ce voilier nous appartenait, on le faisait
travailler beaucoup et c’était aussi un levier auprès de partenaires puisque cet achat
donnait de la valeur à l’entreprise et témoignait de notre sérieux.
 »

 

La société d’aide au développement des collectivités
(SADC)

« Quels sont nos critères d’admissibilité
lorsqu’on reçoit des projets? Il doit s’agir d’activités commerciales, donc les coopératives
entrent là-dedans, et on regarde le marché, la concurrence, les perspectives, l’expérience
des prometteurs, etc.
»  – Jérôme Martel, coordonnateur au service
financier de la SADC du Fjord  

La SADC ne néglige pas non plus la capacité pour une entreprise de faire face à ses
obligations financières. « Pour cela, les prévisions financières doivent être
bonnes et réaliste
s », note M. Martel. Et, bien qu’il ne soit pas personnellement
chargé du dossier de Voile Mercator, il connait l’école de voile et sait qu’il s’agissait
d’un bon dossier; c’est-à-dire qu’il rassemblait plusieurs facteurs favorables.
« À la SADC, ce qu’on regarde aussi, c’est le potentiel de succès et de pérennité
d’une entreprise 
», dit-il.

 

Et demain?

Poursuivre la croissance de l’entreprise, améliorer les conditions de travail des
travailleurs et multiplier les engagements sociaux, voilà essentiellement les objectifs que
se fixe Voile Mercator pour l’avenir.  « Je suis extrêmement fier de voir où
l’entreprise en est aujourd’hui
, dit Jean-Michel Hébert. Voile Mercator
est plus fort qu’il ne l’a jamais été!
 »

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