Reprise collective: les Jardins de Tessa

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12 septembre 2024

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Reprise collective: les Jardins de Tessa

Agriculture

Coopérative

Étude de cas

Reprise collective

Qui sont les Jardins de
Tessa
? Une ferme maraîchère qui produit plus d’une quarantaine de légumes
certifiés biologiques, des cantaloups et des melons ainsi que des fleurs. Les produits sont
vendus en paniers et distribués à Montréal, dans les quartiers Centre-Sud et Villeray, ainsi
qu’à la ferme. On peut aussi retrouver ces produits au marché public de Sutton.

Signes distinctifs : En fin de saison, les Jardins de Tessa vendent à d’autres fermes, et
vendent aussi en gros volumes, notamment à Biolocaux (Estrie), un regroupement de
fermes vendant sans intermédiaires. Par ailleurs, les Jardins de Tessa sont une référence
auprès des jeunes cultivateurs et cultivatrices pour la mission pédagogique qu’ils se
donnent auprès de ceux et celles qui viennent y travailler. Plusieurs ont d’ailleurs parti
leur propre ferme après avoir travaillé un moment aux Jardins de Tessa.

La coopérative de travail compte aujourd’hui:

  • 4 membres travailleurs
  • 1 membre-auxiliaire
  • 4-5 employés.

 

– Fondation de l’entreprise SENC : 1997

– Reprise collective en coopérative de travail : 2019

 

Dès l’achat de la terre en 1997, Frédéric Duhamel, diplômé en écologie, amorce la transition
de la production conventionnelle en maraîchage vers la culture biologique.  Il opère alors
la ferme sous la forme juridique d’une société en nom
collectif
(SENC) sur une terre qu’il loue.

 

Pourquoi une reprise collective ?

En 2019, après de nombreuses réflexions, et de concert avec cinq autres membres fondateurs,
tous employés, ils constituent la coopérative Jardins de Tessa, coopérative de travailleurs.
C’est pour lui une étape importante qui lui permet de diminuer la charge
mentale découlant de la responsabilité liée aux activités de la ferme, tout en assurant la
continuité de ses 25 années d’agriculture.
 Il mettra au profit de la nouvelle
coopérative son savoir-faire et son savoir-être.

 

Les avantages de la reprise collective

  • Le partage des responsabilités avec les membres.
  • Le cédant reste partie prenante de l’entreprise via la reprise collective, et en
    assure la relève tout en restant impliqué dans les opérations.
  • La facilité pour la coopérative d’avoir accès aux actifs (terre, bâtiments et
    équipements).
  • Les membres fondateurs étaient déjà en relation d’affaires; ce qui simplifie la
    continuité des activités.

 

Résultats

La coopérative a bénéficié de nombreux avantages lors de cette reprise collective :

  • Un accès à l’expertise du cédant qui reste impliqué dans les
    opérations.
  • Une mise en marché renforcée, incluant 300 paniers de juin à novembre, ainsi que
    ceux vendus au marché public de Sutton à chaque semaine pendant la saison.
  • Un achalandage renforcé de 70 à 75 % clients récurrents.
  • Les compétences cumulées des membres.
  • Une capitalisation simplifiée qui évite à la coop d’avoir recours à du financement
    externe.

 

Les principaux défis rencontrés

La constitution de la coopérative s’est faite durant la période
la plus occupée
de l’année à la ferme, soit celle de la production. De même,
plusieurs rencontres ont été organisées durant tout le processus afin d’échanger sur le
projet de reprise.

  • Solution : une implication de tous les membres a été particulièrement importante
    afin de maitriser rapidement le mode de fonctionnement de la coop. Pour se faire, plusieurs
    rencontres se sont déroulées avec la CDRQ. Bref, on a mis les bouchées doubles!

Le transfert de la gestion administrative. La personne en charge de la
comptabilité de l’entreprise ayant quitté, il a fallu que l’un des membres prenne le relais
afin de s’assurer de la continuité des opérations.

Solution : une formation de deux mois avec la technicienne comptable de la coop a été
nécessaire pour maitriser cet aspect de la coop.

Il fallait minimiser l’impact fiscal de la reprise collective auprès du
cédant, M. Duhamel. C’est-à-dire amortir le coût d’imposition à court terme.

  • Solution : un contrat de location-achat sur cinq ans des actifs (matériel,
    équipements, tracteur, caisses de récolte) a été signé, ce qui permettait de différer les
    impôts sur plusieurs années. La coopérative loue aussi la terre de la SENC et celles
    d’autres locateurs pour un total de trois locations.

 

L’apport de la CDRQ

L’accompagnement avec la CDRQ a vraiment été bénéfique; la  coop a été très bien
accompagnée. Ce qui a été le plus aidant est la structure que
cela a donné au groupe de membres fondateurs, de la méthode, un
aide-mémoire mais aussi et surtout la compréhension du processus de création
d’une coopérative
. Ils se sont sentis appuyés et non laissés à eux-mêmes. La
reprise n’ayant pas nécessité de de financement externe ni pour l’achat de la terre ni pour
le fonds de roulement, cela a été un réel avantage pour la coopérative en démarrage.
Élément facilitant à la reprise : une bonne évaluation du matériel
roulant, du bâtiment et des terres avait été fait juste avant la reprise de même que la mise
à disposition des états financiers des cinq dernières années.

 Bien réussir une reprise collective : quelques
conseils

  • L’importance du travail d’équipe

« Cela prend de la souplesse, peu d’orgueil et, évidemment, le travail d’équipe est
essentiel », dit Frédéric Duhamel. En ce sens, il importe aussi de bien choisir les membres
qui feront partie de la coopérative et bien les accompagner : les informer, répondre aux
questions, clarifier le rôle de chacun, etc. « J’ajouterai qu’il est important de leur
accorder une période d’essai », estime M. Duhamel. De cette manière, tant les membres que
les futurs membres peuvent évaluer leur façon de travailler ensemble et établir un lien de
confiance.

 

  • L’importance des spécialistes

Pour faciliter une reprise collective, la présence de spécialistes est importante. Comme il
s’agit ici d’une coopérative de travail, des experts en coopératives, comme ceux de Réseau Coop, peuvent fournir de précieux
renseignements notamment sur les aspects des finances, des règlements, de la structure
organisationnelle, etc.

« Les réseaux Agriconseils,
créés par le MAPAQ, peuvent également être d’une grande aide
 », dit Caroline
Martineau, conseillère en développement coopératif. Les réseaux Agriconseils proposent en
effet une série de services qui peuvent s’avérer très utiles. Ils peuvent, par exemple,
accompagner les entreprises dans la gestion de leur enveloppe d’aide financière, contribuer
au développement de leurs affaires, aux pratiques culturales, etc.

De plus, faire appel au service de comptabilité et de fiscalité de l’UPA peut aussi s’avérer
judicieux.

 

  • L’importance d’une saine rentabilité

Faire un suivi serré des états financiers permet de s’ajuster en temps réel. En effet, en
présentant les états financiers deux ou trois fois durant la saison de production aux
membres, cela permet de moduler les efforts. « Par exemple, si en septembre on constate
qu’on a moins vendu que d’habitude à cette période, on va redoubler d’efforts », illustre
Frédéric Duhamel.

 

 Et l’avenir
?

 « Continuer à faire ce dans quoi on est bon, et augmenter
notre productivité, soit les ventes de nos paniers », dit Frédéric Duhamel. Par ailleurs, si
M. Duhamel souhaitait vendre un jour la ferme, la coopérative serait, bien sûr, le premier
acheteur sollicité. Il y aurait aussi la possibilité de créer une FUSA, c’est-à-dire une fiducie d’utilité
sociale agroécologique, cela afin de préserver la continuité de l’exploitation agricole.

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